EcoTrail 80 de Paris 2015

le 21 mars 2015 à 12:00

Voici le temps

Le temps de la première compétition de l’année mais surtout le temps de voir, de mesurer si le travail de l’hiver va vraiment être payant ; voir si la charge, la modification de la foulée, l’augmentation des intensités, le travail en accélération dans les côtes amènent leurs lots de progrès. Voir si tout d’un coup, en quelques heures, les efforts de quelques mois apportent cette satisfaction indicible. Non pas, celle d’une quelconque victoire sur l’autre mais celle de la victoire sur soi, celle du plaisir.

Mon objectif est simple – même si j’ai dû mal à l’énoncer à voix haute – passer du stade de finisher à celui de coureur. Du stade de « je me bats pour arriver au bout » à celui d’un bout de maîtrise, à celui où le temps de promenade commence à faire sens, où la manière est également un élément de performance. Arriver à poser une distance comme les 80 km comme l’entrée, la distance de base qui permet d’aller sereinement profiter d’un 100 km et de travailler en perspective pour un 160 km et plus.

Le début du temps

Mais revenons à la course et à sa préparation la plus immédiate.

Une semaine de charge à 127 km avec des promenades à vélo en complément. Une semaine avec un travail sur la fatigue et la récupération. Finalement une bonne semaine puis une semaine de repos pour faire du jus, créer de l’envie. La semaine de repos a plutôt été une semaine à lutter contre une rhino-sinusite persistante. Cocktail final : du sommeil pour arriver sur la ligne de départ dans un état correct et surtout le maintien de mon association avec Nasodren. C’est douloureux mais super-efficace.

En parlant d’association, je me suis inscrit à deux « épreuves » caritatives en avril et mai afin que mes kilomètres servent également aux autres et notamment en enfants. « Running Heroes » pour l’UNICEF (un grand merci à Florent pour avoir rejoint instantanément l’équipe) et la « No finish line Paris » en soutien à la chaîne de l’espoir.

Côté matériel 1 nouveau sac Salomon pour l’occasion, le précédent a plus de 4 100 km au compteur et commence à se morceler. Côté physique, beaucoup de pâtes les 3 jours avant le départ, je continue à perdre du poids et il me semble raisonnable de me charger en glycogène.

La météo s’annonce fraîche avec potentiellement des éclaircies. Je prévois le froid, tenues hivernales dans le sac, short court, première couche technique Odlo et un T-shirt manches longues dessus, mitaines d’hiver, bonnet et coupe-vent.

Objectifs et focus

Depuis plusieurs jours je cherche les bons temps de passage, impossible de me fixer entre le possible et le fantasmé. Je mémoriserai donc les deux.

Pour les spécialistes (possible / fantasmé) :

  • Buc (km 23) : 2 h 17 / 2 h 04
  • Observatoire de Meudon (km 46) : 4 h 50 / 4 h 24
  • Chaville (km 57) : 6 h 20 / 5 h 35
  • Parc de Saint-Cloud (km 67) : 7 h 20 / 6 h 40
  • Arrivée au pied de la Tour Eiffel (km 79) 8 h 30 / 7 h 52
  • Pour les marches au 1er étage de la tour, on verra bien….

L’avant-scène

Cette année, travaux sur la ligne C du RER oblige, il faut aller chercher le train à la gare Montparnasse. Cela ne changera pas grand-chose…

6 h 30, levé et petit tour à la boulangerie afin d’alimenter la machine. J’ai également prévu un tube de lait concentré sucré. Cela avait bien fonctionné au trail des Marcaires. C’est liquide donc plus rapide d’absorption.

8 h 10, départ direction le métro, je suis en retard mais toujours aussi serein. La dernière inhalation a permis de limiter l’écoulement nasal et même si j’ai eu l’impression d’avoir été fiévreux cette nuit, les jambes ont l’air d’aller bien. C’est le principal.

Session japonaise de DJ Krush dans les oreilles, lunettes de course vissées au crâne, tout est calme. Je suis dans ma bulle. J’aime cette sensation.

Premiers coureurs en vue dans le métro à la gare de l’est. À Montparnasse, le train de 9 h 05 ressemble à vaste brouhaha bariolé où les voitures sont – une nouvelle fois – dominées par les coureurs. Je trouve une voiture, en tête, où je peux m’installer confortablement pour les 37’ du trajet. L’espace est équitablement partagé entre les sédentaires et les coureurs (majoritairement des 80 km).

Arrivée à Saint-Quentin, les lieux me sont désormais familiers. Montée dans le car et départ immédiat, c’est très confortable.

Voici l’île de loisir et non plus base de loisir (ah ! le marketing électoral…), le temps est vraiment mauvais. Il fait frais, le vent mordant et le plafond bas. Les éclaircies annoncées semblent peu probables et le reste de la journée confirmera cette tendance. Aujourd’hui, c’est encore une journée avec un pic de pollution. Conseil des médecins : rester chez soi et ne pas faire d’effort violent. Sauvé. Ok, je suis en plein air mais j’espère que les 80 km se passeront sans violence…

Je vais m’installer près des barrières, derrière la tente ravitaillement, au calme assis sur mon futur sac de linge sale, posé dans la rosée. Un peu de lait concentré sucré pour garder ma concentration. Tout continue d’être calme. Les coureurs arrivent mais ce coin reste au calme.

10 h 45, je passe en mode coureur, j’enfile le coupe-vent, je dépose mon sac à la consigne et commence à lutter contre le froid. Départ dans une heure. Rester concentré.

Dans l’aire de départ, j’ai une pensée pour les lombrics énormes qui ont la mauvaise idée de venir « voir » l’origine des vibrations. Il risque d’y avoir des dégâts…

Il fait vraiment froid, un de mes voisins grelotte. Mauvais vent…

Doucement

L’homme au micro nous présente les Joéllettes et les courageux porteurs. Gros respect pour ceux qui vont permettre à 2 enfants et un adulte handicapés de rallier l’arrivée ! !

Ça y est, les fauves sont lancés. Je déteste ces départs. J’essaye de me mettre dans les premiers 15  % (ce qui devrait être mon niveau) et pourtant je me retrouve « piétiné  » par une majorité d’inconscients, de brutaux qui n’arrivent pas à gérer leur départ, qui se croient au départ d’un marathon sur route. Pourtant les annonces ont été claires pour les petits nouveaux, les 25 premiers km sont hyper roulants et donc hyper piégeux. Combien vont arriver à Buc (km 23) en ayant entamé leurs réserves alors que la course n’a pas commencé ? La majorité du dénivelé est présente entre le km 25 et 50. Bref, j’ai l’impression d’être un tapis roulant un soir de semaine à la gare Montparnasse. C’est mauvais pour le moral mais je gère. Après quelques km je commence à avoir chaud, c’est donc session déshabillage sans arrêt. À part le nouveau système de fixation du sac, tout se passe bien, je perds un tube de ravitaillement qu’un autre coureur me ramène et un concurrent britannique me remet dans la poche du sac la manche du coupe-vent qui pendait ! Un grand merci. Tout se passe bien, je décide de me caler autour de 5’30/5’35 au km et laisse les futurs ramassés me montrer le dos de leurs sacs. Je n’ai aucun doute, une grosse majorité finira derrière moi. Donc course solitaire dans la foule, impossible de trouver des compagnons de route. Je double la première Joéllette vers le km 7, les salue et glisse un petit mot à l’enfant qui semble aux anges…

Course pas si solitaire que cela, en fait je joue yoyo avec un couple d’une trentaine d’années tout de gris vêtu, je l’ai passé dès que les chemins montent un peu et ils me rejoignent à la moindre petite descente.

Km 8, le traditionnel arrêt pipi. Je vois certains commencer à marcher dans les micro-montées, pourquoi partir aussi vite pour commencer à mettre le pied à terre au km 8. Les km défilent, je regarde un peu le paysage, les cygnes dans les retenues d’eau, les autres courir. Mes intestins gargouilles et km 20, arrêt popo, impossible de tenir jusqu’à Buc, ah les toilettes au grand air entre les tas de bois…

Rien à signaler

Donc jusqu’à Buc, rien à signaler, contrairement à l’an dernier je suis vigilant sur ma consommation en eau. J’ai décidé de prendre un gel toutes les 45’ (et non toutes les heures), j’ai ajouté du magnésium à mon mélange isotonique maison. L’idée est d’alimenter les muscles le mieux possible et ne plus subir de crampes à partir du km 50.

Bref, les sensations sont bonnes, arrivée à Buc tranquille. 2 h 07’48’’ (579e), 4’ de retard sur ma prévision la plus haute et 9’ d’avant sur la plus basse, je me dis qu’il serait peut-être intéressant de relancer un peu mais prudence. Je remplie ma poche d’eau, je dois tourner à 400/425 ml à l’heure. J’en profite pour boire 200 ml de ma flasque de réserve, prendre une demi-banane et un peu de saucisson. 3’ d’arrêt, pas de temps de perdu. Je sais que la course commence dans 1 ou 2 km, pas d’affolement.

Tiens, j’ai perdu mon couple en gris.

Les premières montées arrivent et je n’en crois pas mes quadriceps, cela passe comme une route de plaine. Super-bonnes sensations avec une foulée bien dynamique, le cardio monte mais sans excès et surtout il redescend de manière instantanée dans la descente qui suit. Le travail de l’hiver fonctionne super-bien, je vais continuer dans ce sens et continuer m’entraîner en accélération dans les côtes. Nous sommes dans la vraie partie du parcours où les descentes succèdent aux montées qui succèdent aux descentes. Cette année j’y prends vraiment plaisir mais je reste vigilant, j’attends toujours les murs qui me ruinent habituellement. Ils arrivent mais j’arrive à bien courir sur le premier tiers (je suis le dernier à m’arrêter) et je décide de m’appliquer une règle simple, dès que les quadriceps tirent, je continue la montée en marche dynamique. Parfait. Même dans ma marche dynamique, je ramasse un maximum de coureurs, cette année personne ne me passe à ce jeu-là !

Tiens j’ai fini par rattraper et ramasser le couple en gris, il va falloir me trouver d’autres compagnons de jeu…

Tranquille, dans le respect des règles

9’ au km dans les parties les plus compliquées, dans ces conditions, j’ai le sourire. Je reste dans le vert foncé. Cela me permet de faire le dernier tiers des montées en récupération et de reprendre la course plus de 50 m avant la fin. Bon pour la moyenne, super-bon pour le moral. Mais je n’arrive pas à me forcer à monter un peu le niveau, la peur des crampes au km 50 reste vive. Et c’est là que je perds beaucoup trop de temps car je décide de faire les descentes en mode concentré, prudent en appliquant 2 règles strictes :

  • Règle n° 1, les genoux serrés, donc aucune prise de risque au niveau des adducteurs, c’est mon point faible n° 1 !
  • Règle n° 2, interdiction de tirer sur les foulées et de trop solliciter les tendons et les ischio-jambiers. Pas chassés, je sais que je prends un risque avec mes ongles de pieds mais cela sera moins problématique que d’avoir les quadriceps ou les ischios qui explosent.

Cela fonctionne mais cela me coûte au moins 30’’ au km par descente, donc des tonnes de minutes à l’arrivée.

En attendant, les km défilent, les encouragements sur les bords des chemins et aux croisements des routes aussi. Génial. Les bénévoles font un super-boulot et pas d’arrêt aux traversées de routes. Merci !

En fait, je passe mon temps à rejoindre de petits pelotons et à faire la liaison entre les groupes. Je me retrouve donc régulièrement un peu seul mais le plus souvent avec un lièvre que je finis par laisser derrière moi. Finalement, je cours vraiment isolé dans une partie de la forêt de Meudon et spécialement dans des portions où les crampes commençaient à me faire souffrir l’an dernier. Je dois rester concentré car il n’est pas question de me tromper de trace. Tout va bien. À part la température et le vent depuis le km 35 environ, j’ai froid mais vraiment froid. Je suis trop dans ma course pour m’arrêter mettre le coupe-vent, on verra cela au ravitaillement.

On commence quand ?…

Arrive le second ravitaillement, l’observatoire de Meudon, je ne suis jamais arrivé aussi bien, je prends la quasi-totalité des escaliers au petit trot et encourage une féminine qui semble arriver un peu entamée. Ce ravitaillement est uniquement un ravitaillement en eau. Gros moral.

4 h 40’ 10’’, cela fait quelques km que je me dis que j’ai perdu du temps (au moins 10/12’) à jouer la prudence et je m’en veux un peu. En fait, 16’ de perdu (12’ sur ce tronçon) sur la prévision la plus optimiste et 10’ d’avance sur la plus basse. 343e, 236 places gagnées en 23 km ! ! Mais ça, je ne le saurais qu’après l’arrivée…

C’est la première fois que l’on voit La Défense, Paris et la grande Dame qui nous attend. Il faut rester calme, il reste encore quelques km avant de pouvoir la toucher…

Remplissage de la poche d’eau, je fais mon mélange, un gel, je bois la flasque, la remplie et le temps d’une petite blague idiote avec la bénévole, hop c’est reparti. Je commence à voir des coureurs qui piochent et qui mettent du temps à repartir.

Le vent est glacial et violent, j’enfile le coupe-vent et là c’est le bonheur retrouvé. Enfin ! J’aurai dû le faire plus tôt… Dernier doute avant d’attaquer, est-ce que je prends le petit coup de fouet prévu pour la mi-course maintenant ou est-ce que j’attends le ravitaillement du km 57. Je me sens bien, cela sera pour dans 10 gros km (ce n’est rien 10 km  !). Arrêt express finalement.

Je fais le point en repartant et je me rends compte que ma stratégie à un gel toutes les 45’ est parfaite mais que je ne sais absolument plus où j’en suis. Je remets les compteurs à zéro en espérant ne rien avoir raté.

Bizarrement, la portion qui nous attend est assez tranquille avec peu de dénivelé jusqu’au km 53 mais le vent glacial et un peu violent rend le parcours pénible et je suis obligé de sans cesse relancer afin de maintenir un rythme correct. Je continue de remonter des concurrents mais je fais seul une bonne partie du tour de l’observatoire. Gros coup de mou et de moins bien. Je regrette ma décision, j’aurai dû prendre mon coup de fouet au ravitaillement précédent. Je rentre dans le dur. Je me concentre, oublie mon environnement. Je prendrai soin de moi au ravitaillement de Chaville. Finalement, les km deviennent assez longs et je perds encore un peu de temps. Quel idiot ! C’est une partie facile sur laquelle il suffit de pousser et de profiter. Je ne profite pas, je lutte. Km 55/56, les quadriceps sonnent l’alarme et quelques douleurs apparaissent (j’aurai dû manger un peu plus…). Pas bon pour le moral. Je me concentre en scénarisant l’arrêt au ravitaillement qui tarde vraiment à arriver. Un bénévole nous rassure encore un gros km, une montée puis une descente et c’est bon. Donc cet arrêt ? Avant tout, remplissage de la poche d’eau, boire, rester calme, prendre mon coup de fouet, sortir ma potion anti-crampes et me masser les quadriceps et enfin bien m’alimenter. Même si cela prend du temps, c’est fondamental pour bien finir. Km 57, la fin doit être une formalité et je me suis promis de faire le dernier tronçon en mode avion de chasse…

Toujours en préchauffe

Arrive Chaville, enfin ! On nous annonce du chocolat chaud en fin de ravitaillement.

5 h 48’ 44’’. 14’ de retard sur la meilleure prévision et 32’ d’avance sur la pire. Pas trop mal finalement, même bien en regard de mes sensations. Mais j’ai dû me planter sur cette estimation de tronçon ! 297e position, encore 46 places de gagner sur 12 km.

Le scénario est respecté, je ne suis pas en crise hydrique, je continue de bien boire. Petit massage avec mon mélange d’huiles essentielles (1/3 de gaulthérie odorante, 1/3 de basilic tropical et 1/3 de romarin camphre). Que du naturel ! Massage express mais massage tout de même. Honnêtement je n’ai pas l’impression que cela fasse quoi que ce soit, peut-être aurais-je dû prendre plus de temps pour masser ? Je me lave les mains qui puent les huiles essentielles. Beurk !

Banane et saucisson au menu.

L’arrêt à Chaville a été long, plus de 11’ mais il fallait le faire. Je repars avec les quadris pleureurs mais pas tétanisés Je décide de relancer pour réchauffer la machinerie. Arriver en moins de 6 heures à Chaville est la garantie d’aller jusqu’au dernier ravitaillement de jour et c’est vraiment plus sympa comme ça.

Je ne sais pas combien de place je perds à cet arrêt mais cela doit être quelque chose. Je ne sais pas pourquoi mais j’aime bien ce tronçon même s’il y a 2 jolis raidillons avant d’arriver aux fausses reposes.

Je trouve 2 camarades de jeu avec lesquels je joue au yoyo, la bonne nouvelle est que je monte toujours aussi bien et ce sont les descentes qui leur permettent de me reprendre. Notamment un coureur tout en Salomon blanc que je vois d’abord me passer comme une flèche, très impressionnant. Mais finalement dès que le chemin s’élève je le ramasse. Cela va durer comme cela jusqu’au km 65, après les fausses reposes et finalement je le laisse définitivement derrière moi. Je profite du chemin et je finis par m’apercevoir que mes quadriceps sont calmes et répondent super-bien ! La potion anti-crampes et la nourriture de Chaville ont fait un super-boulot. Je continue de profiter et je souris. Je sais que je vais finir et je commence à percevoir un temps correct, normalement moins de 8 h 30  même si j’aurai bien aimé faire moins de 8 h 00. Mais pour cela il aurait fallu m’activer un peu plus sur les 50 premiers km et ne pas jouer la prudence, d’abord finir bien et ensuite jouer le chrono…

Décollage

Nous sommes à Saint-Cloud !

Question existentielle, je m’arrête au dernier ravitaillement ou non ? Km 67, il en reste moins de 13… trop facile.

Arrivée en 7 h 15’ 51’’ (293e), stable en termes de position et encore 5’ d’avance sur le temps de référence mais 35’ de retard sur le temps rêvé, décidément le coup de mou au km 50 et le ravitaillement de Chaville m’ont coûté cher, très cher…

Finalement arrêt obligatoire, la nuit tombe et il n’est pas possible de repartir sans la frontale allumée. Je prends un peu d’eau, encore du saucisson et des bouts de bananes. Je perds un peu de temps avec cette histoire de frontale – j’avais vraiment envie de repartir sans. Finalement plus de 6’ passé ici. C’est beaucoup, beaucoup trop. Sans doute un petit manque de lucidité. Il va falloir que je travaille encore mes arrêts aux stands.

Je repars comme une fusée, je me suis promis dès le départ de faire ce tronçon en mode avion de chasse, pour le plaisir de fondre sur la grande Dame.

Je ne me pose plus de questions, que celle de trouver mon chemin jusqu’à la Seine. Je prends donc la descente à droite à la sortie du ravitaillement sans me poser de question. Mes quadriceps devront tenir ou mourir ! Je retrouve la vitesse du 1er tronçon mais avec une impression de vitesse démultipliée.

Je ramasse quelques coureurs et arrivé en bas je cherche, quelques secondes, les escaliers pour passer le pont. À partir de là le parcours m’est familier. Ne rien lâcher, relancer. Plus de question, plus de gestion, plus de crainte des 360 marches jusqu’au 1er étage.

Vamos !

Cela devient mon cri de guerre, je me sens bien et j’ai l’impression de fondre sur les coureurs isolés ou les petits groupes que je double. Super-sensations. À l’entrée de l’Île Saint-Germain je rejoins un groupe d’une petite dizaine de coureurs et dans le même temps, je suis rattrapé et doublé par un trio. Comment est-ce possible ? ! Je prends le train du trio, cela tient, j’ai encore de la ressource. Vamos !

Nous parcourons un bout de chemin (de trottoir à cet endroit) à quatre de front. Une belle machinerie. Là, je pousse encore et j’emmène le groupe, nous continuons de ramasser mais personne ne prend le train. Joli rythme. 5’30 au km, 11 km/h le vent de face après plus de 75 km de course, pas trop mal. Je suis remonté comme un coucou, intenable, j’invective mes camarades de jeu et je continue à faire le rythme en gardant quelques mètres d’avance, joignant la parole au geste pour les motiver. Je suis un autre, je suis moi, hors de moi.

Depuis quelques km j’encourage les coureurs que nous passons, certains apparaissent totalement cramés. Ils savent que leur victoire est là, celle que personne ne peut leur contester. Ils sont en train de finir leur ECT80. Certains sans doute en dessous de leurs prévisions, d’autres bien au-delà de leurs rêves. Peu importe, nous sommes tous finishers Je me souviens bien de celui que j’ai passé à la sortie de l’Île Saint-Germain, de dos, il m’a semblé à l’arrêt, cramé. Une petite tape amicale dans le dos et un gros encouragement au moment même où la Tour Eiffel marquait 20:00 en scintillant de mille feux : « Allez courage, tu ne vas pas t’arrêter là, regardes TA tour, elle scintille pour toi, allez ne lâche rien ! ! ».

Je ne sais pas à quel point mes encouragements ou gesticulations ont motivé ou énervé mes camarades de jeu mais j’ai la certitude qu’ils ont tous réagit et c’est bien l’objectif recherché.

Atterrissage

Pour ma part, je continue à relancer, arrive un coureur du soir qui tourne sans doute à 5’00’’ au km. Fou, je prends sa foulée quelques secondes avant de me reprendre « il reste les marches ! ». Du calme ! !

Depuis plus de 8 heures je cours dans le flot musical de Zoé Keating, sa musique me calme, me rythme, me motive, me rassure. Musique zébrée par nature, je ne m’en lasse pas et je me cale sur le rythme de son archer envoûtant, sur le battement des basses. Tout va bien je file vers la Grande Dame.

Voici le passage que je déteste, le pont de Grenelle qui nous donne l’impression de faire demi-tour et pendant plus de 300 mètres nous avons la Tour Eiffel dans le dos, jusqu’à la descente sur l’île aux Cygnes. Vamos ! ! Vamos ! !

J’entraîne toujours mes trois compagnons d’escadrille et là pan ! Mes 2 quadris explosent en même temps dans la descente sur l’île, à moins de 2 km des escaliers de fer. Ah non, pas maintenant ! Mes trois compagnons s’échappent, abandonnant le lièvre sans un regard. Pas d’affolement, je sors ma flasque d’eau et m’arrose copieusement les cuisses, mon cerveau ordonne et je repars, au bout de 100 m je gambade de nouveau à 5’45 au km, je ne lâcherai rien ! ! Où sont-ils ? Environ 200 m devant, je n’arrive pas à les rattraper, c’est la course…

Le pont de Bir-Hakeim est là, aucun problème à monter les marches pour y accéder. Je relance, nous sommes quasiment au pied de la Promise. Nouvelle descente sur les quais, le tracé est joueur et moi joyeux.

La Grande Dame

Super-ambiance sur les escaliers pour encore remonter Quai Branly et arriver au pied des escaliers, euphorique, je tape dans la main du speaker mais je ne vois pas mon classement. 8 h 22’ 12’’ au pied de la tour, restent les escaliers. Amusant, on nous donne un ticket pour monter et on nous palpe le sac. Joueur, je montre mon ticket au vigile à l’entrée qui plongé dans sa lecture me regarde, étonné.

Aller, c’est parti pour 360 marches, 360 marches de bonheur en fait. Je passe au moins 5 coureurs qui semblent au bout du bout. Je constaterai après l’arrivée que j’ai notamment doublé 2 de mes compagnons d’escadrille dont un à totalement exploser au milieu de l’ascension. Quelques mots d’encouragement en passant… Cette montée m’a permis de constater que les marches sont numérotées. Super-pratique lorsque l’on a le vertige et que nécessairement – après plus de 8 heures de course – dans des escaliers qui ressemblent à un long serpentin vertical, je commençais à perdre mes repères. Hors de question de lever la tête, rester concentré sur les marches, mes quadriceps tiennent et semblent même profiter de l’exercice. Tout va bien.

Le tapis rouge enfin ! Sourire et une charmante bénévole pour m’enfiler autour du cou la médaille du finisher… Je suis bien, calme, je profite de la vue et de ce spectacle dont je suis un des acteurs.

Résultat, 8 h 26’ 41’’, 262e sur 1 572 finishers (pour 1 734 partants) et 38e de ma catégorie (pour 319 partants). Super. Un peu déçu d’arriver si frais avec encore une jolie réserve. En comptant ma stratégie et mon potentiel, les 7 h 55’ / 8 h 10’ étaient jouables sans trop de problème. Mais quel bonheur d’arriver dans un tel état de lucidité sans souffrance. Je pense immédiatement à la suite de la saison avec envie.

Retour à la réalité. Je vais chercher mon T-shirt de finisher m’offrir 2 grands verres de cola, j’ai bien l’impression que mes muscles crient un peu famine suite aux derniers 12 km. Là j’aperçois un des coureurs arrivés un peu après moi, il va s’asseoir dans un coin sans répondre, ses lumières sont éteintes et je demande à une secouriste qui fait le tour des nouveaux arrivés de le prendre en charge. Il va avoir besoin d’un peu d’assistance pour récupérer.

Maintenant c’est l’attente devant l’énorme ascenseur dans un froid glacial. Nous sommes mélangés aux touristes qui nous regardent, amusés et compréhensifs. Quelques plaisanteries d’Ultra-fondus et nous allons redevenir des humains – du moins en apparence, jusqu’à la prochaine fois.

Épilogue

Le bilan est bon, 37 places gagnées en regard de l’an dernier, un classement acceptable dans ma catégorie et un temps inférieur à l’objectif raisonné avec un gain de 35’ en un an.

Physiquement cela va bien, 2 grosses ampoules aux plus grands doigts de pied et surtout un ongle qui ne tient plus, c’est la première fois que j’en perds un de manière aussi instantanée. J’espère que la cicatrisation ne va pas être trop longue.

Bonne douche au stade avec une véritable sensation de calme, d’évidence. Une impression de maîtrise assez difficile à exprimer, le tout teinté d’une belle euphorie.

Sortie du stade, direction le métro mais avant j’ai faim, envie de salé (tiens, ça aussi c’est nouveau). Cela sera un hot-dog avec 2 bouteilles de San Pellegrino…

Une nouvelle fois, l’organisation a été bonne, le transport des sacs parfait, le balisage bon et les bénévoles des anges gardiens avec le sourire, toujours là pour nous faciliter la tâche. Bon esprit tout le long avec une vraie solidarité. Et puis encore et toujours, les spectateurs, leurs cris, leurs encouragements, les gamins sur les bords de chemin pour nous taper dans les mains. Et surtout, ces anonymes qui ont fait l’effort de lire nos prénoms sur des dossards froissés pour nous fournir ce carburant personnalisé que sont leurs encouragements.

Enfin, Kauq qui me supporte au double sens du terme et tous ceux avec qui je discute (et qui parfois me subissent) de mes aventures et qui sont une source permanente de motivation. Merci.

Pour finir cette liste de remerciement, la musique de Zoé Keating qui vient de perdre Jeff. Je suis impressionné et enivré par sa musique. J’ai hésité à ne mettre que sa musique dans ma playlist. 8 h 30 en boucle. Eh bien, quel bonheur, quelle source de motivation, de rythme et de bonheur.

Vamos ! !

Et maintenant…

Soins et reprise de l’entraînement, le prochain gros objectif est le grand raid du Morbihan, l’ultra Marin et les 177 km qui m’ont échappé l’an dernier. L’objectif est non seulement de finir mais de faire un joli résultat…

La promenade en chiffres

  • Distance : 78,9 km ;
  • Vitesse moyenne : 9.34 km/h (doit mieux faire, 10 reste l’objectif) ;
  • FC moyenne : 150 ppm (bonne perf.) ;
  • D+ : 1582 m ;
  • Énergie dépensée : 6072 Kcal (tiens un peu plus que l’an dernier) ;
  • Perte de poids due au déficit hydrique env. 1.5 kg, c’est rien ;
  • Classement au scratch : 262 ;
  • Classement V2H : 38 ;
  • Nombre de partants : 1734 ;
  • Nombre de finishers : 1572.

La météo

Couvert, brumeux, froid, venteux, moins de 10 °C.

Le matériel utilisé

  • Salomon pour les vêtements (T-shirt manches longues, short à compression, casquette, petit coupe-vent) ;
  • Le dernier-né (et oui encore un…) des sacs Slab, 320 g, 12 litres et une merveille ergonomique en course ;
  • Salomon Slab XT6 pour les chaussures ;
  • Petzl Nao pour la frontale ;
  • Cébé, s’track pour les lunettes.

La playlist (monomaniaque)

  • Zoé Keating / into the trees ;
  • Zoé Keating / One Cello x 16 : Natoma ;
  • Zoé Keating & Jane Woodman / Sister Europe – Tango EP ;

Le site de la course

http://www.traildeparis.com/

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