les 100 km de Millau

le 27 septembre 2014 à 10:00

Piment et poivre

Comme toujours, un ultra se réussi avant de se courir. Cette fois-ci, je dois le dédier à ma femme, ma charmante qui m’a sauvé la mise et permis non seulement de prendre le départ mais de pouvoir avancer.
Revenons sur la préparation, un été à remonter la pente d’une blessure avec plusieurs semaines d’arrêt forcé, une reprise et 2 semaines début septembre à travailler sur des pentes à 10 % et plus en Ardèche afin de m’offrir un peu de réserve. Jusqu’à la – finalement – tout va bien. Arrive la semaine de mise au vert, une semaine avant Millau et là tout s’éteint. Une grosse rhinite avec la grosse sinusite qui va avec. Fatigue, plus de tonus musculaire et un crâne qui n’est que tensions et douleurs.

Ah, non ! Tant pis, nous allons tout de même à Millau et on verra bien.

Vendredi soir, veille du départ et le doute sur ma participation est bien installé, j’ai l’impression que je peux difficilement bouger sans que mon crâne ne menace d’exploser. C’est là que ma charmante entre en piste ! Elle insiste pour que nous nous arrêtions dans une pharmacie acheter « Nasodren » qu’elle décrit comme « douloureux mais terriblement efficace ». Rien à perdre, j’essaye. Le miracle opère, j’ai l’impression d’inhaler un poivrier avec quelques touches de piment mais en moins de 10 secondes tout explose et la congestion disparaît comme magie. La fatigue est toujours présente mais je peux enfin bouger et respirer.

Même si la nuit va être agitée, elle ressemble enfin à une vraie nuit !

Le défilé

Debout à 5 h 30, fin du petit-déjeuner à 6 h 00. Reste 2 heures de relaxation avant le départ. Que du bonheur. 15’ en voiture pour arriver au parc de la Victoire et rentrer doucement dans ma bulle. Il fait froid (moins de 7 °C au lever du jour), les manchons gagnés au trail des Marcaires sont les bienvenus.

9 h 30, le départ fictif. Ma FC (Fréquence cardiaque) est à 64, ce qui est un super-score en considérant l’excitation du départ. Les gladiateurs entrent dans l’arène et sont salués par la foule. Ce défilé en ville est toujours un grand moment, celui où la course rentre sa réelle dimension, celle de la communion avec la région où beaucoup sortent des magasins pour encourager ou les balcons applaudissent. Cette année K. défile à mes côtés.

En complément des habituelles manifestations, une minute intense d’applaudissement d’Hervé lâchement décapité en Algérie. J’ai trouvé cela plus juste, plus fort qu’une minute de silence.

Le départ est enfin donné. Comme toujours, impossible de trouver le moindre rythme, il va falloir attendre quelques kilomètres.

J’ai décidé de ne plus courir à la vitesse instantanée qui peut avoir la fâcheuse habitude de faire trop varier mon rythme pour rien, temps de parcours, FC et rythme moyen seront mes compagnons pour cette promenade. Avant la semaine catastrophique de préparation, le plan était à 6’20 au km avec un potentiel 5’50 au km sur les premiers 42 km, dans le cas de grosse forme. Le tout avec des arrêts ravitaillement autour de 2’ (et non, toujours pas de suiveur / ravitailleur cette année !). Soit entre 10 h 35 et 11 h 00 en fonction des temps de ravitaillement.

La routine

Pendant ce temps les premiers km défilent et je commence à m’installer. Après le froid mordant du matin le soleil commence à poser ses douces touches sur nous. La température à l’ombre devrait être de 23 °C, l’organisation a annoncé un ravitaillement supplémentaire en eau en haut de la montée du viaduc (km 50).

Bientôt 11 h 00 et effectivement la température commence à être bonne (mais pas excessive) ma crainte majeure est la fin de course où j’ai choisi de ne prendre que des manchons. Cela devrait être un facteur supplémentaire de motivation pour ne pas trop traîner en chemin et ne pas avoir froid.

Km 10 en 58’, autour de 5’41 au km, trop vite mais la FC va bien. Mais en fait rien ne va, les sensations ne sont pas là, j’ai l’impression de subir, de ne rien maîtriser. Je commence à gamberger et à imaginer d’arrêter au marathon : « mais que fais-tu là ? ». J’observe certains « potentiels » 100 bornards me passer avec une facilité déconcertante. Je dois rester dans ma bulle, m’installer dans mes routines, ne pas me laisser déconcentrer. 2 gorgées de boisson toutes les 5’ et un gel toutes les heures. Premier ravitaillement prévu au km 16 et ensuite en suivant 31, marathon, 53, 73 et puis on verra.

Finalement la routine commence à s’installer vers le km 15 avec une petite euphorie. La cadence se stabilise autour de 5’45. Les faux plats se succèdent sans impact.

Premier ravitaillement, assez rapide mais en 4’ et non 2. Tant pis, c’est le bon tempo pour gérer et prendre le temps d’un mot sympa avec les bénévoles.

Km 20, encore de l’avance en regard du planning. Premières petites douleurs aux quadriceps, comme quoi une vraie semaine de récupération avant est plus que nécessaire et les mauvaises nuits accumulées ont laissé des traces. Au moins, je suis prévenu, rien ne sera facile aujourd’hui.

Peu importe, j’y suis et ça, c’est la première victoire.

J’arrête de regarder les dossards, il est trop tôt pour trouver des repères, Millau commence au-delà du 45e km.

La mémoire dans la route

Je retrouve des routes mémorisées l’an dernier et puis d’autres totalement occultées comme la montée de La Creysse. J’avais bien en mémoire une montée mais pas tout à fait comme celle-ci (et pourtant c’est bien la même). Une belle montée, une épingle, des virages et un public génial qui nous encourage comme les coureurs du tour de France.

Je monte super bien avec une FC raisonnable et une cadence moyenne qui ne perd que 1 seconde au km. Le travail ardéchois paye. En fait je me sens super bien dès que la pente augmente et un peu moins en jambe sur les descentes.

Km 25, les bénévoles me forcent à passer par le ravitaillement alors que je n’ai pas l’intention de m’arrêter. Je finis par comprendre, c’est aussi un point de contrôle. Passage en 02h28:05.

Km 31, second arrêt plein, une douche a été installée. Finalement peu de candidats, il fait bon mais le souvenir de la fraîcheur du matin est encore là.

Dès lors, il faut se laisser porter jusqu’à Millau, jusqu’au marathon.

Mis à part mes quadriceps qui ne semblent pas vouloir apprécier la balade, cela va bien. Mon rythme moyen se stabilise autour de 5’51 au km quelle que soit l’inclinaison de la pente et je commence à ramasser quelques marathoniens. Surprenant, mais je comprends bien que si le marathon était « normal » pour eux, ils se seraient peut-être inscrits sur le plus long. Entre de légères ombres et un petit vent, le temps est parfait.

Mes cauchemars d’abandon continuent de mettre servis par une partie de mon cerveau (une vraie feignasse), l’autre refuse l’idée et pourrait presque se mettre en colère (ah non, pas cette fois, pas encore) ; les 22 km manquants au Grand Raid sont encore dans tous mes neurones. Le trauma de la blessure est presque effacé mais pas celui de l’abandon. Alors « Vamos ! ».

Même si cela doit être difficile, je dois rester concentrer, les yeux rivés sur la ligne blanche du milieu de la route qui va finir par me coûter un peu de distance mais qui me permet de rester en phase, dans le rythme de ma promenade.

Sur cette portion légèrement vallonnée, je me rappelle du partage du bitume avec un romain portant cape, glaive et bouclier pendant ma lente agonie entre les km 30 et 60 du Millau précédent. Mais ce passage ombragé est plaisant, la vallée du Tarn est belle, verdoyant.

Doucement arrive le ravitaillement de Millau plage, je prends juste un verre d’eau à la volée, mon prochain ravitaillement est prévu au 42,195. Et là, je réalise la difficulté de boire au verre en courant… Sourire, je suis bien mieux que l’an dernier au même passage.

Millau, son centre-ville ombragé, ses terrasses

Arrivent le centre-ville et la première remontée vers le parc de la Victoire. Cette année, je ne dois pas rater K. même si je ne suis pas certain qu’elle soit au passage. Elle n’est pas dans la montée. Ravitaillement express, passage aux toilettes et hop, encore 58 km. Impossible d’arrêter là. C’est vrai que cela serait hyper confortable, pas de fatigue, on irait se prendre un petit café avec une glace et puis un bon petit repas en début de soirée. STOP !

Millau commence vraiment dans moins de 10 km, il faut rester concentrer. En bas de l’avenue de la République (celle du parc), j’aperçois K. en train de dévorer ce qui m’apparaît comme un dessert (à cause de la cuillère…), elle ne m’a pas vu. En passant je lui lance un « Eh bien, il y en a qui ne s’embête pas pendant que les autres font des efforts ». Elle sursaute et me sourit, surprise. Rires parmi ses voisines, je continue, satisfait de mon effet et de l’intermède.

C’est là que mes souvenirs de l’an dernier sont utiles. Il faut être patient sur cette portion. Montée puis descente avant la fameuse montée du viaduc.

La montée de Creissels se passe bien, je monte tranquille, finalement toujours aussi à l’aise dès que cela s’élève. Je double tranquillement et c’est là en passant un coureur avec 2 suiveurs que je me prends un coup de pneu avant sur le mollet, l’idiot, le stupide à donner un coup de guidon au mauvais moment. Pas de réelle douleur mais la peur de réveiller la blessure de printemps, de déclencher une crampe. Je me masse le mollet sans m’arrêter en râlant et en lassant un sale regard au fautif. Même pas d’excuse. A priori, pas de dossard, suiveur « pirate » sans éthique ni étiquette. Il faut bien une exception dans un monde parfait.

Et Millau commença…Le passage aller au viaduc

Je continue. Millau a enfin commencé au km 46.

Arrive LE rond-point, celui du début de la montée du viaduc, pas la plus longue mais sans doute la plus cassante (annoncée à 8 % par la DDE). J’avais prévu de ne pas poser pied à terre mais finalement cela sera 2 tiers / 1 tiers. Il me manque encore 30 % c’est mieux mais pas suffisant. Je n’ai pas envie d’aller en zone rouge à plus de 50 km de l’arrivée. Peut mieux faire, mais je rejoins le meneur d’allure à 10 h 30 que j’avais vu filer comme un lapin dès les premiers km… c’est bon pour le moral.

Mon rythme moyen se pose autour de 6’00 au km. Je souris de me retrouver un des rares à courir sur la montée en jouant le yo-yo avec le meneur d’allure. Tout va bien. Sur le bord de la route, une coureuse est au sol et rejoue la fameuse scène de la gerbe de Monty Python. C’est fini pour elle car même si elle va mieux après, la déshydratation est installée. La chaleur est également en train de s’installer, pas monstrueuse mais celle qui peut marquer des cent-bornards.

Je double une suiveuse dont la pente a eu raison, elle n’arrive plus à relancer son vélo et finira sans doute la côte à pied à la recherche de son coureur.

Passage du viaduc et la descente vers Saint-Georges. Je passe le premier 50 km en 5 h 05 et ça, c’est bien.

Là la scène n’est plus la même chaque foulée tape, explose mes quadriceps. Jolie forme de douleur. La nouvelle n’est pas bonne car au-delà du signe et de la nécessité de nourrir les monstres, c’est l’annonce des crampes inévitables, handicapantes. Il va falloir gérer.

Pas d’arrêt à St-Georges, le prochain ravitaillement planifié est à St-Rome après une douce montée de 7 km avant d’attaquer celle de Tiergues (2,5 km à 8 % de moyenne, encore !).

Sortie de St-Georges (km 54) en 5 h 28 soit un rythme moyen de 6’14 au km. Pas si mal. Et encore dans les clous en regard d’un objectif primaire à 6’20 au km. Je sais d’expérience que la qualité du parcours (il va falloir repasser ces 2 montées en sens contraire) ajoutée à mes quadriceps en douleurs va me coûter au mieux 20’’ au km sur les 30 derniers. C’est d’ailleurs le plus frustrant de l’histoire, ma FC ne monte pas beaucoup (vive l’Ardèche et tout le travail de cet été) et j’ai vraiment l’impression d’être en dedans.

Des spectateurs en or

Dans la montée vers st Rome, le poste d’encouragement le plus classieux, le plus extraordinaire, celui dont je me souviendrai jusqu’à la nuit des temps. Imagine la scène, un couple avec leur fille adolescente, bien installés avec leur table et sièges de camping sous un parasol. Rien que de très normal à Millau (le centre du monde des 100 km si ce n’est de l’ultra-fond). Ils encouragent chaque coureur individuellement. Oui et alors ? ! J’ai bien dit individuellement, c’est-à-dire qu’ils lisent ton numéro de dossard dans la liste des participants en te voyant arriver, trouvent ton prénom et t’encouragent par ton prénom ! Trop classe.
Cela semble peut-être un détail aux néophytes mais pour nous c’est fort, très fort. Je ne suis pas près d’oublier la tête du coureur qui me précède appelé par son prénom (aller Jacques !), il s’est retourné au moins 2 fois pensant sans doute être pris d’hallucination puis c’est mon tour, je perçois mon prénom au travers de la musique qui m’abreuve le cerveau. Je les salue, ému ! Supporters anonymes vous êtes extraordinaire, vous êtes ce qui fait de Millau une fête, LA fête, un moment où l’on peut avoir l’impression de se fondre dans un tout, tout en conservant cette illusion magistrale d’être au centre de ce tout.

Millau n’est pas une course, c’est une fête qui a une âme célébrée par l’offrande de presque 185 000 km parcourus par l’ensemble des fêtards.

St-Rome de Cernon, 4 minutes d’arrêt, le plein et cela repart. Je décide de ne pas changer de chaussettes maintenant, une petite pointe au pied gauche semble indiquer une ampoule en formation au bout d’un doigt de pied. Rien de méchant. Je ferai une vraie pause à st Afrique. L’ambiance est toujours aussi bonne. Les encouragements sont légion, les regards complices, les sourires de vraies sources d’énergie renouvelable et renouveler.

L’ultra-fond est bien un sport propre et écologique.

Explosion programmée

C’est vrai que la montée vers Tiergues monte et que je n’ai plus les moyens de faire tout en galopant. Me voici alternant de la course. Petit trot puis marche dynamique et on recommence. C’est plus long mais cela fonctionne assez bien… Je joue le yo-yo avec un coureur qui vient des Alpes, il fait quasiment toute la pontée en marche dynamique, une vraie force brute. Heureuse que j’alterne car il est impossible à suivre…

Arrive la descente vers st Afrique, peut-être ce qui va être le passage le plus douloureux de la promenade. Chaque foulée tape, explose massacre mes quadriceps, j’ai seulement l’impression que cela va casser, rompre et finir tétanisé. Mais il y a des choses plus importantes que la douleur, l’envie. Et il est hors de question de lever le pied. Alors je tends les jambes, allonge la foulée, essaye de monter les genoux pour détendre les fibres tendues comme des cordes de piano. J’ai rattrapé un petit groupe et je ne vais pas abandonner le gain de ma montée. Il est hors de question de poser pied à terre avant St-Afrique ! Alors je reprends mon petit trot et finalement descends à 5’35 au km. Pas trop mal pour les conditions. Le dernier km et la petite boucle dans St-Afrique tapent dur mais cette boucle me semble moins longue, moins monstrueuse que l’an dernier.

Arrivée en 7 h 32. Seulement 8’ de retard sur mon temps prévisionnel basé sur 10 h 35.

Dans tous les cas, j’ai décidé de prendre mon temps, je fais le plein, un peu de pâte de fruits, un cola, de la banane. Sans oublier de remplir ma flasque de secours d’eau gazeuse, je commence à ne plus supporter mon mélange isotonique. Je m’arrose copieusement les quadriceps pour me soulager et je m’assieds afin de changer de chaussettes. Le doute est installé, généralement avec de telles douleurs aux quadriceps et maintenant légèrement aux mollets, le déchaussage et le changement de chaussettes est un exercice périlleux, douloureux et générateur de jolies crampes ; ces tétanies qui font renoncer à tout. Finalement, c’est douloureux mais rien de dramatique. Au contraire, il était temps de faire un passage aux stands. Je repars les pieds au sec. Que du bonheur.

Il ne reste plus que 28 km, rien et beaucoup à la fois. 28 km avec 2 jolies montées. J’attaque la montée de Tiergues serein, si mes quadriceps n’explosent pas complétement c’est jouable.

C’est sans compter sur l’effet Tiergues au retour et mes quadriceps qui ne veulent plus rien entendre. Ce sera plus d’une heure pour faire les 7 km (qui doit être uniquement à 4 % de moyenne) mais il devient impossible d’avoir des tronçons de course trop long, la tétanie menace de partout. Je cours tant que cela tient puis marche dynamique pour détendre et hop on repart. Nous sommes un groupe d’une demi-douzaine à jouer les yo-yo comme cela, chacun servant de repère, de motivation aux autres et cela fonctionne plutôt bien.

Pendant ce temps je teste la résistance de mes flasques molles à la pression ; avec le mouvement les gaz de la St-Yorre ont fait leur œuvre et la flasque à commencer sa mutation en baudruche. Bêtement, je décide de boire directement et la première gorgée n’est qu’un geyser de gaz qui me remonte dans les sinus. Rires…

De temps à autre je me cale sur un suiveur qui a perdu son coureur. Mention spéciale à un suiveur qui m’entendant arriver sur le binôme, fait l’effort de se mettre devant son coureur (et non pas à côté) pour m’éviter de faire le tour. Je le remercie et le salue avec mon meilleur sourire grimace. Ce type d’attitude après plus de 8 heures d’efforts est remarquable. Merci !

On se rapproche de Tiergues, je rattrape un de mes compagnons de yo-yo, il marche à côté de sa suiveuse qui a l’air aussi atteinte que nous. Il la prend par l’épaule puis lui prend le vélo des mains pour le pousser à sa place. Le tout, accompagné d’un joli baiser. 75 km et l’amour est encore là. Sans doute l’image la plus touchante de la promenade…

St-Yorre, ça va fort !

Arrêt non prévu au ravitaillement de Tiergues mais là j’ai besoin de faire le plein (banane, pâte de fruit, St-Yorre, Cola). Il faut que je me nourrisse, je ne supporte plus les gels ou la boisson isotonique. Je me force à continuer de prendre les gels mais cela semble presque contre-productif.

Récupération, échanges d’encouragements… Allez vite, assez de temps perdu, je viens de me faire passer par un petit peloton et l’esprit de compétition est encore là. Je n’ai plus vraiment la notion du « bon temps » mais j’ai le sentiment d’avoir pris une jolie claque sur la montée même si j’ai finalement maintenu ma position.

Je repars motivé, et je fais la fin de la montée au trot avant d’attaquer la descente. Pas de mode avion de chasse cette année mais mode poursuite bimoteur sur un groupe de 4/5 qui descendent assez bien. Ne rien lâcher. Et cela marche !

Quelques échanges de saluts avec des montants dans le sens inverse, la dernière épingle arrive et St-Rome est en vue. Arrêt aux stands pour m’alimenter et recharger encore en St-Yorre.

Passage à St-Rome en 9 h 04 en lieu et place des 8 h 18 prévues. 1 h 32 pour faire St-Afrique / St-Rome là où j’aurais dû mettre 53’, un gouffre. Et je suis tombé dedans.

Il reste 17 km, frais aucun problème pour les faire en 1 h 30, mais ma prévision est de 1 h 54. Là, même un temps sous les 11 heures devient très hypothétique, j’arrive encore à tourner autour de 6’ au km (10 km/h) sur le plat mais il reste la montée au viaduc qui va encore peser.

Allez, ne plus réfléchir, cela sera mieux que l’an dernier et vu les circonstances, c’est pas mal. Maintenant il faut à la fois tirer des muscles ce qui leur reste et maîtriser. Je me rappelle bien du parcours jusqu’à l’arrivée. Allez, en route vers St-Georges en pente douce. Tout va bien.

Nous nous retrouvons à 3 à l’entrée de St-Georges quand un avion de chasse fille nous passe l’air facile (mais d’où sort-elle ?). Elle finit son jogging du matin en souplesse pendant que nous semblons soudains au ralenti. Gros respect !

La nuit tombe à la sortie de St-Georges, je décide de ne pas m’arrêter au ravitaillement et de mettre ma frontale sans m’arrêter. Cela marche bien, je suis remonté comme une pendule avec à ce moment le baladeur numérique qui déverse « Inch by inch, step by step » des Black Eyed Peas. J’attaque donc la montée du viaduc en chantant.

Vol de nuit

La nuit tout est différent, tu perds tes repères, seules les bandes lumineuses t’accompagnent, tu voyages parmi des ombres. J’ai l’impression de bien monter mais que ces 2 500/3 000 mètres sont longs ! Je ne sais plus combien de km restent, c’est confus. J’hésite entre euphorie et désespoir. Heureusement, un des coureurs passe les vitesses pour attaquer la descente, je lui emboîte le pas, l’envie est plus forte que les douleurs. Je connais le parcours, il suffit de ne rien casser jusqu’au rond-point après il y a un petit mur puis c’est l’effet cuvette jusqu’à l’arrivée et moins de 4 km.

Ne rien lâcher !

Mais j’ai soif, cela fait bien 2 km que je donnerai tout pour boire. Je décide de laisser le groupe partir et faire un stop au ravitaillement de Creissels. Du cola, des bananes, de la St-Yorre, c’est bon pour le moral mais le prix va être élevé. Je repars, de nouveau remonté comme un coucou, il suffit de tenir jusqu’à l’arrivée ou d’imploser en plein vol. Dans tous les cas, plus d’arrêt ! Les km défilent sur le bitume (tous les km sont marqués à partir du 95). Allez, tenir, encore et encore. Les encouragements sont légions sur le dernier km. Je cherche K. et je remercie tous les encouragements. Je demande plus de bruit encore.

Montée dans le parc de la Victoire et l’arrivée ! 11 h 15:39, temps officiel et 214e sur 1 548 partants (avec 310 abandons).

À la vue du classement, mon arrêt (sans doute pas nécessaire du tout) m’a couté de rentrer dans les 200 premiers !!

Je cherche K. Ah, enfin elle est là tout sourire avec une coupe de cheveux renouvelée (à chacun son Millau…).

La bonne blague

Immense bonheur que d’avoir fini. Au-delà de tout, je pensais tellement être privé de Millau par la sinusite que cela a transformé cette arrivée, en la plus belle des arrivées.

C’est complément fou, j’ai les quadriceps hors d’usage mais j’ai l’impression d’être frais. La récupération va être douloureuse pendant les 24 prochaines heures.

Moins d’une heure après rentrer au gîte (si, si, il est possible de conduire après cela !), je ne cesse de frissonner, seule la douche peut me calmer et tout d’un coup j’explose de rire, tellement heureux de la bonne blague que je me suis joué, 100 km avec une sinusite après une semaine d’un joli rhume.

À peine la ligne d’arrivée passée, je n’ai qu’une idée en tête revenir, profiter et faire encore mieux. Je crois vraiment que j’aime cette course.

Pour finir…

Avant de clore ce long, sans doute trop long récit, il m’est nécessaire d’insister encore sur la qualité extraordinaire de l’organisation qui est tellement performante qu’elle est transparente. Tout est fait (et réussi !) pour que nous n’ayons à nous soucier que de nous-mêmes et de la jolie promenade. Organisateur, bénévoles, vous êtes fantastiques !

Mais il n’est pas non plus possible d’évoquer Millau sans le support extraordinaire du public et sans évoquer certains participants qui amènent des considérations qui dépassent le simple respect.

Avant tout Jean Brengues en V5M (+ de 80 ans) en 13:23:23 (sachant que le dernier est arrivé en plus de 23 heures). Énorme respect !!

Et puis Nathalie Cuny – déficiente visuel – qui a fini en 10:55:25 (7e féminine et 162e au général) accompagnée par un guide et un binôme de suiveur en tandem (1 voyant + 1 déficient visuel), pour avoir fait une partie de la course en yo-yo avec Nathalie, elle envoie ! Un grand bravo…

Je dédie également cette course à Joanna Syze qui lutte depuis 2 ans pour sa santé, sa survie. Sa musique m’accompagne à chaque promenade.

Épilogue : nous avons eu beaucoup de chance car la fête s’est finie avant le déluge. À 24 heures près, nous serions restés bloquer à Montpellier pour quelque temps.

Millau en quelques chiffres

Distance effective : 101 km ;

FC moyenne : 151 bpm ;

D+ : 1146 m ;

Vitesse moyenne incluant les ravitaillement : 9 km/h ;

Vitesse moyenne hors ravitaillement : 9.5 km/h ;

Vitesse max : 12.7 km/h ;

km le plus rapide : 5’07 » ;

énergie théorie consommée : 8882 kcal ;

VO2 max : 50 ml/kg/min

Le matériel utilisé

  • Salomon pour les vêtements (T-shirt manche courte, short à compression, casquette) et le sac ;
  • Asics, Kinsei 5 bleues pour les chaussures ;
  • Petzl Nao pour la frontale ;
  • Cébé, s’track pour les lunettes ;
  • Suunto / Ambit 3 pour les données ;
  • Gu pour les gels ;
  • Un méalnge « maison » pour la boisson.

La playlist (plus de 8 h)

  • Wax Tailor / In The Mood For Life ;
  • Black Eyed Peas / Elephunk ;
  • Sporto Kantes / 4 ;
  • CharlElie Couture / Poemes Rock ;
  • Bucketheadland / Monument Valley ;
  • Telmini Remixes (Johnny Cash, The Soggy Bottom Boys)
  • NovaTunes 2.1, Jewel, Prnce, Nirvana, Camille, Massive Attack (Paradise Circus) ;
  • Asian Dub Foundation / A History Of Now ;
  • Day One / Ordinary Man ;
  • Joanna Syze / Uprooted, Rodibna VIP, Take me, Left in the Dust, Summer Time, The DOA remix.

Le site de la course

2014-petit

 

 

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